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L’ASCO GU 2022 : une année riche en nouveautés et en retrouvailles !

Après le format virtuel de 2021, nous étions enfin à nouveau réunis pour l’ASCO GU à San Francisco. Une affiche riche en nouveautés et retrouvailles. La revue Onko+ vous présente ici les résultats de cette nouvelle édition de 2022 concernant les pathologies du cancer de la prostate, du rein, de la vessie ; on parlera aussi corticosurrénalome.

 

Cancer de la prostate

Cancer de la prostate hormono-sensible (mHSPC)

Les hormonothérapies de nouvelle génération

Les hormonothérapies de nouvelle génération (HTNG) sont aujourd’hui le standard en première ligne dans le cancer de la prostate métastatique hormono-naïf. Plusieurs études de phase III ont démontré un bénéfice en survie globale (LATTITUDE, TITAN, GETUG21) en ajoutant une HTNG à la suppression androgénique (ADT). Historiquement, on avait de même pu constater un bénéfice de l’ajout d’une chimiothérapie (CT) à l’ADT (CHAARTED, STAMPEDE). Se pose donc naturellement la question de passer du doublet au triplet, avec un combo ADT + HTNG + CT par docétaxel. Une des plus importantes études démontrant un bénéfice de ce triplet est l’étude PEACE1/GETUG21 (Fizazi K et al. ASCO 2021). Cette étude ajoutait l’acétate d’abiratérone (AA) à l’ADT ± CT (médiane de rPFS 2,0 versus 4,5 ans et OS 4,4 ans versus NA).

 

L’étude ARASENS

Smith MR, Hussain MHA, Fizazi K et al. Overall survival with darolutamide versus placebo in combination with androgen-deprivation therapy and docetaxel for metastatic hormone-sensitive prostate cancer in the phase 3 ARASENS trial. ASCO GU 2022 ; Abstract #13. 

Dans la continuité de ces essais, c’est l’étude ARASENS qui était présentée à San Francisco cette année. 

Design de l’étude

Cette étude de phase III, randomisée, en double aveugle, contrôlée par placebo, évaluait l’ODM-201 (darolutamide) versus placebo, en association à une thérapie par privation androgénique standard et au docétaxel, chez les patients atteints d’un cancer de la prostate métastatique hormono-sensible.

1 306 patients étaient randomisés :

• 651 dans le bras darolutamide 

• et 655 dans le bas placebo, 

en combinaison avec ADT + docétaxel.

 

Résultats

Les résultats sont très parlants : l’ajout du darolutamide réduit le risque de décès de 32,5 % (Fig. 1). Le bénéfice en termes de survie globale avec darolutamide était observé dans tous les sous-groupes pré-spécifiés. Les critères secondaires étaient également améliorés : temps jusqu’à la résistance à la castration, temps jusqu’à la progression de la douleur, temps jusqu’au premier événement osseux, temps jusqu’au premier traitement ultérieur.

Le débat après cette présentation est lancé : faut-il faire un triplet à tous les patients mHSPC ? Si non, quel critère choisir ? Quid des études actuellement en cours qui ne permettent pas de chimiothérapie en première ligne ? Compte tenu de l’absence d’étude avec un bras comparateur ADT + chimiothérapie sans une HTNG, il va falloir se mettre d’accord sur une homogénéisation des pratiques. 

Il reste néanmoins indiscutable que tout patient mHSPC doit bénéficier d’une intensification par HTNG. Et pour un patient jeune et sans morbidités, qui présenterait une forme agressive de cancer de la prostate, doit être discutée en RCP la pertinence d’un traitement par triplet en première ligne.

 

Figure 1 – Étude ARASENS : survie globale (critère principal).

 

Cancer de la prostate résistant à la castration (CPRCm)

Deux grandes études au programme cette année chez les patients atteints de cancer de la prostate métastatique résistant à la castration (CPRCm) : PROpel et MAGNITUDE.

Les inhibiteurs de PARP

Voici deux études évaluant l’efficacité des inhibiteurs de PARP (PARPi) en première ligne post-ADT. Les PARPi (poly-ADP-ribose-polymérase-1) agissent sur le système de réparation de l’ADN en synergie avec la perte de la fonction de BRCA par les cellules tumorales, provoquant une importante instabilité génétique qui amène à la mort de la cellule. Plus de 30 % des patients atteints de CPRCm ont des altérations des gènes HRR (dont BRCA1/2). Ce phénotype est associé à un mauvais pronostic, en revanche, c’est le prérequis pour une efficacité des PARPi. Le remboursement des PARPi est attendu prochainement en France en situation CPRCm post-chimiothérapie et HTNG. 

Les études MAGNITUDE et PROpel ciblent une population moins avancée dans la maladie, en situation de première ligne CPRCm post-ADT. Deux études qui semblent se ressembler beaucoup, mais qui ont des différences importantes.

 

L’étude MAGNITUDE

Chi KN, Rathkopf DE, Smith MR et al. Phase 3 MAGNITUDE study: first results of niraparib (NIRA) with abiraterone acetate and prednisone (AAP) as first-line therapy in patients (pts) with metastatic castration-resistant prostate (mCRPC) with and without homologous recombination repair (HRR) gene alterations. ASCO GU 2022 ; Abstract #12. 

Design de l’étude

Cette étude de phase III randomisée comparait l’efficacité et la tolérance du niraparib associé à l’acétate d’abiratérone et à la prednisone versus acétate d’abiratérone et prednisone seuls (AAP), chez des patients ayant un cancer de la prostate métastatique et résistant à la castration (Fig. 2).

Deux cohortes de patients étaient prévues : 

• la cohorte HRR BM+ (n = 400) 

• et la cohorte HRR BM- (n = 600). 

Une durée ≤ 4 mois d’AAP pour le CPRCm était permise.  

Les patients avec une altération génétique (HRR biomarker BM+ : ATM, BRCA1, BRCA2, BRIP1, CDK12, CHEK2, FANCA, HDAC2, PALB2) et sans (HRR BM-) étaient randomisés 1:1 :

• soit dans le bras niraparib 200 mg/j + AAP 

• soit dans le bras placebo + AAP. 

Une analyse précoce était faite après environ 1 an pour le groupe HRR BM-. Compte tenu de l’absence d’efficacité et une toxicité additionnelle, l’IMDC a recommandé l’arrêt des inclusions dans cette cohorte (Fig. 3).

Figure 2 – Étude MAGNITUDE : design.

 

Figure 3 – Étude MAGNITUDE : survie globale dans le groupe
de patients HRR BM- (critère principal).

 

Résultats

Les résultats présentés étaient donc ceux de la cohorte HRR BM+ : 423 patients HRR BM+ étaient randomisés dans le bras niraparib + AAP (n = 212) ou placebo + AAP (n = 211). 23 % avaient déjà reçu de l’AAP et 53 % avait une mutation BRCA1/2. 

Le combo niraparib + AAP améliorait de façon significative la rPFS dans le groupe BRCA1/2 ainsi que le groupe total HRR BM+ avec une diminution du risque de progression ou décès de 47 % (16,6 versus 10,9 mois) (Fig. 4) et 27 % (16,5 versus 13,7 mois) respectivement. En plus, on note 41 % d’amélioration du temps jusqu’à chimiothérapie cytotoxique, 31 % d’amélioration du temps jusqu’à progression symptomatique, 43 % d’amélioration de la progression PSA ainsi qu’un taux plus élevé de réponse globale. La survie globale n’est pas encore mature. 

Côté tolérance, à noter surtout une toxicité hématologique (anémie, thrombopénie). 67 et 46,4 % de effets indésirables de grades 3/4, 9 et 3,8 % des patients ont arrêté le traitement dans le bras niraparib + AAP et placebo + AAP respectivement.

Ces données confortent donc les données de la littérature avec une efficacité des iPARP seulement chez les patients présentant des mutations des gènes de la réparation. Mais c’est sans compter l’étude PROpel dont les résultats arrivent pour chambouler ce que l’on pensait acté…

 

Figure 4 – Étude MAGNITUDE : survie sans progression dans le groupe de patients BRCA1/2 (critère principal).

 

L’étude PROpel

Saad F, Armstrong AJ, Thiery-Vuillemin A et al. PROpel: Phase III trial of olaparib (ola) and abiraterone (abi) versus placebo (pbo) and abi as first-line (1L) therapy for patients (pts) with metastatic castration-resistant prostate cancer (mCRPC). ASCO GU 2022 ; Abstract #11. 

Design de l’étude

Cette étude de phase III, randomisée, comparait l’efficacité de l’olaparib associé à de l’abiratérone par rapport à un placebo associé à de l’abiratérone, comme traitement de première ligne, chez des patients ayant un cancer de la prostate métastatique résistant à la castration. Il s’agit de la première étude de phase III évaluant la combinaison PARPi + HNG en première ligne des CPRCm, indépendamment du statut HRR. Un essai de phase II avait montré un allongement de la rPFS chez les patients CPRCm post-docétaxel avec la combinaison olaparib + abiratérone par rapport au placebo, indépendamment du statut HRR. Le rationnel de tester un inhibiteur de PARP s’explique par une probable création d’un environnement BRCA like et une potentialisation de l’effet de l’abiratérone sur les récepteurs des androgènes.

Les patients étaient randomisés 1:1 :

• dans le bras olaparib (300 mg 2/j) 

• ou placebo, 

et abiratérone (1 000 mg 1/j) + prednisone ou prednisolone (5 mg 2/j). 

Au total, 796 patients étaient randomisés pour recevoir olaparib + abiratérone (n = 399) ou placebo + abiratérone (n = 397) (Fig. 5). 

 

Figure 5 – Étude PROpel : design.

 

Résultats

Le traitement en première ligne par olaparib + abiratérone prolongeait de façon significative la rPFS versus placebo + abiratérone indépendamment du statut HRR (24,8 versus 16,6 mois ; HR = 0,66 ; IC 95  %  =  0,54-0,81 ; p < 0,0001) (Fig. 6 et 7). La survie globale est immature avec 228 décès (28,6 %). Il semble exister une tendance à l’augmentation de la survie globale : à confirmer lors des prochaines analyses. 

L’effet indésirable de grade ≥ 3 le plus observé était l’anémie (15,1 versus 3,3 %) pour olaparib + abiratérone versus placebo + abiratérone ; 13,8 versus 7,8 % patients, respectivement, étaient contraints d’arrêter le traitement à cause de l’effet indésirable. 

 

Figure 6 – Étude PROpel : survie sans progression radiographique (critère principal).

 

Figure 7 – Étude PROpel : survie sans progression radiographique (analyse de sous-groupe).

 

Cette étude est donc la première phase III qui démontre une efficacité des PARPi chez tous les patients indépendamment de leur statut HRR. Beaucoup de discussions ont eu lieu et auront encore lieu autour de cette étude qui va à l’encontre de ce que les autres essais montraient jusqu’à présent (efficacité des PARPi seulement chez les patients avec présence de mutation BRCA1/2). 

On attend avec impatience les analyses en sous-groupe afin de savoir quel patient tire le plus grand bénéfice de l’ajout de l’olaparib à l’abiratérone. 

Beaucoup de questions également sur les types de tests utilisés (ADNct versus tumoral), les différences éventuelles entre olaparib et niraparib ? Affaire à suivre…

 

 

L’étude CYPIDES

Fizazi K, Cook N, Barthélémy P et al. Phase 1 results of the ODM-208 first-in-human phase 1-2 trial in patients with metastatic castration-resistant prostate cancer (CYPIDES). ASCO GU 2022 ; Abstract #18. 

 

L’inhibition de la biosynthèse des stéroïdes

Dans la même mouvance de personnalisation les traitements, était présentée l’étude CYPIDES : première évaluation de l’ODM-208, inhibiteur de CYP11A1, chez des patients atteints de CPRC métastatique dans une étude de phase I/II. La signalisation du RA reste la plupart du temps activée dans les CPRCm après un inhibiteur du RA de nouvelle génération. Les mécanismes de résistance sont multiples : amplification du RA, mutations, etc. Les hormones stéroïdes non androgéniques peuvent aussi activer le RA sous certaines conditions. L’hypothèse serait donc que l’inhibition complète de la biosynthèse des stéroïdes (pas uniquement des androgènes) pourrait avoir un effet dans le CPRCm en progression après un inhibiteur du RA de deuxième génération.

 

Résultats

L’ODM-208 inhibe l’ensemble de la voie de biosynthèse des stéroïdes. Ces premiers résultats montrent une preuve du concept car l’ODM-208 entraîne une réponse PSA robuste, en particulier chez les patients avec des mutations du RA. De plus, cette recherche de mutation du RA semble être simple et peu coûteuse. L’effet indésirable principal attendu, vu le mécanisme d’action, était l’insuffisance surrénalienne. 

 

Donc peut-être une nouvelle classe thérapeutique dans le futur ? Les études sont en cours…

 

Conclusion

Au total, on retient que la médecine personnalisée semble enfin arriver dans la prise en charge du cancer de la prostate avec de nouvelles molécules qui donne espoir à nos patients. 

 

Cancer urothélial

Tumeurs de vessie infiltrant le muscle vésical détrusor (TVIM)

Zlotta A, Ballas LK, Niemierko A et al. Multi-institutional matched comparison of radical cystectomy to trimodality therapy for muscle-invasive bladder cancer. ASCO GU 2022 ; Abstract #433. 

 

Le traitement trimodal

Du nouveau dans le traitement des patients atteint de TVIM. Le traitement curatif de choix est à ce jour la cystectomie ± chimiothérapie néoadjuvante (en fonction de l’âge et de l’état général du patient). Beaucoup de patients sont réticents à cette chirurgie lourde de conséquences (dérivation urinaire). Se pose donc souvent la question d’une alternative thérapeutique. Aucune étude clinique randomisée n’est à ce jour disponible comparant la cystectomie radicale (CR) au traitement trimodal (résection complète, radio-chimiothérapie ; TMT). 

 

L’étude

Une étude rétrospective présentée à l’ASCO GU 2022, portant sur 1 116 patients matchés 3:1 (CT versus TMT) montre une efficacité équivalente en termes de survie sans métastases (73 versus 78 % ; p = 0,07) et de survie sans rechute à distance (78 versus 82 % ; p = 0,14). La survie globale était même en faveur de TMT (78 versus 85 % ; p = 0,02 ; 70 versus 78 % ; p < 0,001). 

Petit bémol : pas d’information sur la chimiothérapie utilisée. De nombreux protocoles existent (à base de 5-FU, gemcitabine, carboplatine, mitomycine) et nous ne disposons pas de données sur la meilleure thérapie à choisir. 

 

Il ne s’agit bien sûr pas d’une étude randomisée, mais ces données sont les plus robustes dont nous disposons. Il doit donc être proposé un TMT aux patients qui refusent ou qui ne sont pas aptes à la CT. 

 

Cancers urothéliaux métastatiques

Le pronostic des carcinomes urothéliaux métastatiques reste péjoratif. À ce jour, aucune thérapie ciblée n’a pu faire la preuve de son efficacité. Le standard en première ligne métastatique reste une chimiothérapie à base de sel de platine. Peu d’options existent pour les patients inéligibles à la chimiothérapie à base de platine. La nécessité reste entière de trouver des alternatives thérapeutiques pour cette population de patients.

 

Les mutations des gènes de réparation de l’ADN

Les dommages de la réparation de l’ADN sont fréquents chez ces patients (fréquence des mutations > 24 %) et ces défauts entraînent une sensibilité des cellules tumorales à l’inhibition de PARP. De plus, les mutations des gènes de réparation de l’ADN par recombinaison homologue (HRRm) et l’inhibition de PARP pourraient favoriser la réponse antitumorale aux inhibiteurs de checkpoint immunitaire. D’où l’intérêt de l’étude BAYOU présentée à l’ASCO GU 2022.

 

L’étude BAYOU

Rosenberg JE, Park SH, Dao TV et al. BAYOU: A phase II, randomized, multicenter, double-blind, study of durvalumab (D) in combination with olaparib (O) for the first-line treatment of platinum-ineligible patients with unresectable, stage IV urothelial carcinoma (UC). ASCO GU 2022 ; Abstract #437. 

 

Design de l’étude

Cette étude comparait une monothérapie par le durvalumab à un traitement d’association par le durvalumab et l’olaparib chez des sujets atteints d’un cancer de la vessie de stade avancé ne pouvant recevoir un traitement à base de sels de platine.

154 patients étaient randomisés soit dans le bras durvalumab + olaparib soit durvalumab + placebo. 

Une stratification concernant le statut HRR (mutant versus sauvage) était effectuée. 20 % avaient au moins une mutation : 

ATM chez 8,5 % de toutes les tumeurs, correspondant à 41,9 % dans le sous-groupe HRRm. 

BRCA2 chez 4,6 % de toutes les tumeurs, correspondant à 22,6 % dans le sous-groupe HRRm.

 

Résultats

L’étude est malheureusement négative en termes de survie sans progression dans la population ITT (totalité des patients) avec des chiffres quasi identiques dans les deux bras. En revanche, on note un potentiel bénéfice en survie sans progression avec durvalumab + olaparib dans le sous-groupe HRRm : la médiane de survie sans progression était de 5,6 mois dans le bras durvalumab + olaparib et 1,8 mois dans le groupe durvalumab + placebo. 

 

Affaire à suivre également grâce à des études avec un plus grand effectif…

 

Les conjugués anticorps-médicaments

Des nouvelles plus encourageantes en revanche pour la nouvelle classe thérapeutique des conjugués anticorps-médicaments (antibody-drug conjugates, ADC). Il s’agit d’un anticorps monoclonal lié à une chimiothérapie. Grâce à la liaison de cet anticorps avec l’antigène tumoral, on délivre la chimiothérapie à l’intérieur de la cellule cancéreuse. Les premiers résultats présentés en 2021 sont encourageants concernant les molécules enfortumab védotin (EV, un anticorps conjugué dirigé contre la protéine de surface nectin-4 surexprimée dans une majorité des cellules carcinomateuses urothéliales) et sacituzumab govitécan (SG) en situation métastatique (Fig. 8). 

 

Figure 8 – Les conjugués anticorps-médicaments.

 

Suite aux résultats de l’étude EV-301, une phase III évaluait l’EV chez les patients en progression post-chimiothérapie et pendant ou post-traitement par un inhibiteur de PD-1/L1. (Powels T et al. N Engl J Med 2021) à l’amélioration de la survie globale (SG) avec 12,9 mois (10,6-15,2) versus 8,97 mois, l’EV a pu être prescrit dans le cadre d’une ATU en France. Le remboursement est attendu.

Cette année, des données supplémentaires ont été présentées pour ces deux molécules dans la situation néoadjuvante (EV) ainsi qu’en deuxième ligne métastatique (SG).

 

L’étude EV-103 (cohorte H)

Petrylak DP, Flaig TW, Mar N et al. Study EV-103 Cohort H: Antitumor activity of neoadjuvant treatment with enfortumab vedotin monotherapy in patients (pts) with muscle invasive bladder cancer (MIBC) who are cisplatin-ineligible. ASCO GU 2022 ; Abstract #435. 

Cette étude évaluait l’enfortumab védotin en traitement néoadjuvant des cancers de la vessie invasifs chez des patients inéligibles au cisplatine. 

 

Résultats

Vingt-deux patients atteints de cancer de la vessie infiltrant le muscle étaient inclus dans cette étude de phase Ib/II, 19 ont pu compléter les trois cycles d’EV, 21 ont dans la suite pu bénéficier d’une cystectomie plus curage, un patient ayant eu une cystectomie partielle. 36,4 % des patients avaient une réponse complète et un down-staging était observé chez 50,0 % des patients. 

Les effets indésirables étaient ceux attendus (fatigue : 45,5 %, alopécie : 36,4 %, et dysgueusie : 36,4 %). 18,2 % patients avaient des effets indésirables ≥ 3. Aucun report de la chirurgie lié à l’EV était à noter. 

Les études de phase III sont en cours. 

 

L’étude TROPHY-U-01 (cohorte 3)

Grivas P, Pouessel D, Parl CH et al. TROPHY-U-01 Cohort 3: Sacituzumab govitecan (SG) in combination with pembrolizumab (Pembro) in patients (pts) with metastatic urothelial cancer (mUC) who progressed after platinum (PLT)-based regimens. ASCO GU 2022 ; Abstract #434. 

La deuxième molécule actuellement en cours d’exploration est le sacituzumab govitécan (SG), un ADC dirigé contre Trop-2. L’étude d’enregistrement de phase II, TROPHY-U-01, avait montré un bénéfice en SG pour les patients atteints de carcinome urothélial métastatique post-chimiothérapie à base de sel de platine ainsi qu’une ligne d’immunothérapie. Dans cette population sans alternative thérapeutique, on a observé 27 % de réponse objective (ORR) et une survie médiane 11 mois (Tagawa ST et al. J Clin Oncol 2021). 

En 2022 a été présentée la suite de l’étude TROPHY-U-01 avec la cohorte 3 : sacituzumab govitécan (SG) + pembrolizumab en deuxième ligne métastatique après CT à base de sels de platine. On remonte donc une ligne de traitement en ajoutant le pembrolizumab au SG.

 

Résultats

Au moment du data cut-off, 41 patients avaient eu au moins une dose de traitement. L’analyse préliminaire montre des résultats encourageants avec 34 % de réponse objective, une réponse complète, treize partielles. La survie sans progression à 6 mois était de 47 %. 

Les effets indésirables liés au traitement étaient surtout de la diarrhée (76 %), les nausées (59 %), l’anémie (56 %), la neutropénie (44 %), et l’asthénie (41 %). Pas de nouveau signal de toxicité, la survie globale n’est pas encore atteinte. 

 

À nouveau des résultats intéressants, mais il s’agit d’une étude non randomisée avec un petit effectif. À valider lors de la phase III si cette combinaison devient notre nouveau standard en deuxième ligne. 

 

Cancer du rein

Les doublets en situation peropératoire

Les combos par IO/IO ou IO/TI sont aujourd’hui le standard de traitement en première ligne métastatique du cancer du rein à cellules claires (RCCm). L’arrivée des doublets a augmenté de façon importante la survie globale des patients. Vu que le risque de rechute des cancers localisés à haut risque à 5 ans est de 60 %, l’idée de proposer un doublet en situation peropératoire afin d’augmenter la probabilité de guérison ou au moins de retarder la récidive est donc actuellement explorée de façon importante avec plusieurs études en cours. Pour mémoire, aucune étude utilisant des TKI en situation peropératoire n’a pu démontrer un bénéfice à ce jour. Trois études intéressantes au programme cette année.

 

L’étude NeoAvAx 

Bex A, Abu-Ghanem Y, Van Thienen JV et al. Efficacy, safety, and biomarker analysis of neoadjuvant avelumab/axitinib in patients (pts) with localized renal cell carcinoma (RCC) who are at high risk of relapse after nephrectomy (NeoAvAx). ASCO GU 2022 ; Abstract #289. 

Cette étude évaluait le traitement néoadjuvant avélumab/axitinib chez des patients atteints de carcinome rénal à cellules claires (RCC) à haut risque de rechute (cellules claires, cT1b-4cN0M0, grade 3-4).

 

Résultats

Quarante patients étaient inclus pour recevoir 12 semaines de traitement par avélumab/axitinib. Douze patients (30 %) ont eu une réponse partielle (taille moyenne de la tumeur au baseline : 10,3 cm ; range : 5,6-16,4). 

Au follow-up de 23,5 mois, on observait 13 rechutes (32 %), trois patients sont décédés de leur pathologie. Parmi les 12 patients chez qui une réponse partielle a pu être obtenue, 11 (92 %) sont actuellement en rémission. La survie globale et la survie sans maladie ne sont pas encore matures. 

Le geste opératoire a pu se dérouler sans délai et aucune complication chirurgicale liée au traitement néoadjuvant n’est à noter. 

 

L’étude de phase II

Bilen MS, Liu Y, Nazha B et al. Phase 2 study of neoadjuvant cabozantinib in patients with locally advanced nonmetastatic clear cell renal cell carcinoma. ASCO GU 2022 ; Abstract #340. 

Cette étude évaluait le cabozantinib en néoadjuvant dans le cancer du rein à cellules claires localement avancé non métastatique. Seize patients ont reçu du cabozantinib en situation néoadjuvante. 

 

Résultats

Tous les patients ont terminé les 12 semaines de traitement, 15 ont pu être opérés comme prévu avec un wash-out de 4 semaines post-traitement (un patient refusera finalement la chirurgie). On note cinq réponses partielles (31,2 %) et onze stabilités. La réduction médiane de la tumeur était de 24 % (6-45 %). Un patient est devenu curable grâce au traitement, deux patients ont pu avoir une néphrectomie partielle à la place de la néphrectomie totale prévue initialement. 

Aucun nouveau signal de toxicité, les interventions chirurgicales ont pu se faire sans complications supplémentaires. 

 

Certes, il s’agit seulement d’une petite étude non randomisée, mais le signal est encourageant. 

 

L’étude KEYNOTE-564 

Choueiri TK, Tomczak P, Park SH et al. Pembrolizumab as post nephrectomy adjuvant therapy for patients with renal cell carcinoma: Results from 30-month follow-up of KEYNOTE-564. ASCO GU 2022 ; Abstract #290. 

L’étude KEYNOTE-564 avait montré un bénéfice à l’analyse avec follow-up de 24 mois en survie sans maladie (HR = 0,68 ; IC 95 % = 0,53-0,87) du pembrolizumab pendant 1 an pour les patients opérés d’un cancer du rein localisé à risque intermédiaire/élevé (M0-Interm ou -high) ou après la résection R0 d’une métastase unique dans l’année suivant la néphrectomie (M1 NED).

Ces résultats ont permis l’AMM au niveau européen fin 2021, malgré la survie globale non mature.

 

Résultats

La mise à jour à 30 mois confirme les premiers résultats positifs en termes de survie sans maladie (HR = 0,63 ; IC 95 % = 0,50-0,80 ;
p < 0,0001) (Fig. 9). 

Le bénéfice était comparable selon le groupe à risque (M0-interm : HR = 0,68 ; IC 95 % = 0,52-0,89, M0-high : HR = 0,60 ; IC 95 % = 0,33-1,10, M1-NED : HR = 0,28 ; IC 95 % = 0,12-0,66) avec un bénéfice plus prononcé chez les patients présentant une tumeur avec composante sarcomatoïde (HR = 0,54 ; IC 95 % = 0,29-100) (Fig. 10).

Pour l’instant aucune survie globale n’est disponible dans les différentes études.

Figure 9 – Étude KEYNOTE-564 : survie sans maladie en ITT.

 

Figure 10 – Étude KEYNOTE-564 : survie sans maladie selon le sous-groupe sarcomatoïde.

 

Beaucoup de questions se posent pour le futur : faire du néoadjuvant, de l’adjuvant, ou les deux ? Comment sélectionner les patients qui doivent en bénéficier ? Aura-t-on enfin des biomarqueurs prédictifs ? Choisir une monothérapie ou un doublet?  Et puis quel traitement en rechute post-traitement peropératoire ? 

 

Corticosurénalome

Last but not least : un peu de nouveauté dans une pathologie rare dont la personnalisation de la prise en charge semble encore très loin.

Le corticosurrénalome (CS) est une pathologie à haut risque de rechute après chirurgie radicale. Le traitement adjuvant par mitotane est aujourd’hui recommandé chez les patients à haut risque. Se pose la question de la pertinence à proposer ce traitement également aux patients à risque faible-intermédiaire. Vu que le CS reste une maladie rare, on ne dispose que de peu de données scientifiques provenant d’études randomisées pour nous guider dans le traitement. 

 

L’étude Adjuvo

Berruti A, Fassnacht M, Libè R et al. First randomized trial on adjuvant mitotane in adrenocortical carcinoma patients: The Adjuvo study. ASCO GU 2022 ; Abstract #1. 

Il s’agit du premier essai randomisé évaluant l’efficacité du traitement adjuvant au mitotane chez les patients atteints de carcinome cortico-surrénalien. L’objectif de l’étude était de comparer mitotane versus observation pour la survie sans récidive chez des patients à risque faible-intermédiaire après résection complète. 

Les critères d’inclusion étaient : pathologie de stade I-III ACC, R0, et Ki-67 ≤ 10 %. 

Les patients étaient randomisés 1:1 dans le bras adjuvant mitotane ou surveillance. 

Au total, 91 patients étaient inclus dans Adjuvo. 

 

Résultats

Les résultats montrent une survie sans rechute et une survie globale comparables dans les deux bras. La survie sans rechute était plus longue qu’initialement pensée (75 % à 5 ans). 

Il n’y a donc pas d’indication de traiter ce sous-groupe de patients par un traitement potentiellement toxique qui ne montre aucun bénéfice.

 

L’auteur déclare avoir des liens d’intérêt avec AAA, Astellas, AstraZeneca, Bayer, BMS, Ferring, Ipsen, Janssen, Merck, MSD, Sanofi.