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L’essentiel en un clin d’œil

• Dans les petits cancers de la cavité buccale, la radiothérapie, toxique, diminue les récidives, mais ne modifie pas la survie globale, et la surveillance restera donc de mise.

• Dans l’essai NIVOPOSTOP, testant le nivolumab en adjuvant, l’étendue du curage ganglionnaire ne diminue pas l’efficacité de l’immunothérapie associée à la radiothérapie.

• Une étude dans le cavum de désescalade thérapeutique a montré que deux cycles en induction et en potentialisation sont aussi bien que trois cycles, mais les écarts-types sont tellement importants qu’il est scandaleux de pouvoir conclure que cette approche peut devenir un standard.

• Dans le récidivant/métastatique, confirmation de l’efficacité du nivolumab à faible dose dans un essai randomisé en première ligne phase platine.

• Enfin, et surtout, confirmation dans une phase II monobras du bénéfice de l’amivantamab après échec du platine et de l’immunothérapie. Il est similaire à celui de ses concurrents, mais l’amivantamab va probablement bénéficier aux États-Unis d’une extension d’AMM conditionnelle.

 

TOP 1 – Intérêt de la radiothérapie dans les petites tumeurs de la cavité buccale

Pour les petites tumeurs de la cavité buccale, la radiothérapie est souvent omise, au moins pour celles de bas risque. Pour les tumeurs de risque intermédiaire (profondeur d’invasion entre 5 et 10 mm, engainements périnerveux, emboles vasculaires, faible différenciation), il n’existe pas d’étude d’envergure. Cet essai a donc cherché à démontrer le bénéfice éventuel d’une radiothérapie adjuvante pour ce type de tumeur.

 

L’étude

Cet essai de phase III randomisé indien a screené 924 patients pour en randomiser 392 entre radiothérapie adjuvante ou simple surveillance. Les patients avaient une tumeur T1/T2 de la cavité buccale, R0, N0 (au minimum 16 ganglions dans le curage) et de risque intermédiaire. Ils étaient stratifiés sur la présence d’engainements périnerveux ou d’emboles vasculaires, le site (langue ou muqueuse buccale), la différenciation (bien et moyennement versus peu différenciés). Le critère principal était la survie sans récidive (SSR) locorégionale à 3 ans, avec un HR cible de 0,6256 (puissance de 80 % et risque α de 5 %), le bras contrôle était attendu avec une SSR locorégionale à 3 ans de 70 %.

 

Les résultats

Avec un suivi médian de 47,2 mois, l’objectif principal est atteint avec, en intention de traiter, une SSR locorégionale à 3 ans de 89,2 % avec la radiothérapie adjuvante contre 80,9 % dans le bras surveillance (HR = 0,52 ; IC 95 % : 0,30-0,91 ; p = 0,02) (Fig. 1).

Parmi les critères secondaires, on observe, à 3 ans, toujours en intention de traiter, une survie sans progression (SSP) similaire dans les deux bras, à 80,4 % avec la radiothérapie versus 77,9 % (HR = 0,80 ; IC 95 % : 0,51-1,26 ; p = 0,33). Pour la survie globale (SG), les valeurs sont de 86,5 versus 84,3 % (HR = 0,81 ; IC 95 % : 0,47-1,40 ; p = 0,44).

Les toxicités de la radiothérapie, même si elles sont modérées, sont réelles. On observe 80 % de toxicités aiguës de grade 1-2 et moins de 2 % de grade 3. De même, 40 à 65 % de toxicités tardives de grade 1-2 et moins de 2 % de grade 3.

En pratique

L’étude est positive sur son critère principal, à savoir la SSR locorégionale à 3 ans, mais les toxicités de la radiothérapie sont loin d’être négligeables avec surtout des toxicités tardives qui sont certes modérées, mais qui ont un effet important sur la qualité de vie. Alors que l’on n’observe au final aucune différence en SG, il est probable que, pour cette population, il soit préférable de s’abstenir de radiothérapie adjuvante et de proposer, comme habituellement, une surveillance régulière des patients.

Nair SV et al. Adjuvant radiotherapy versus observation following curative surgery for early-stage oral squamous cell carcinoma (AREST; CTRI/2017/07/009114). J Clin Oncol 2026 ; 44 : 6000.

 

TOP 2 – Immuno-radiothérapie : effet de l’étendue du curage ganglionnaire

Pour expliquer la négativité des essais qui ont exploré la radio-chimiothérapie avec l’immunothérapie, il a été considéré que l’irradiation des aires ganglionnaires cervicales diminue la réponse immunitaire conduisant aux échecs des inhibiteurs du checkpoint. L’immunothérapie a enfin démontré son intérêt dans les cancers localement avancés avec le pembrolizumab en péri-opératoire et le nivolumab en situation adjuvante avant la radiothérapie, pendant, puis après. Le travail présenté ici est une analyse post-hoc de l’essai NIVOPOSTOP avec le nivolumab qui a étudié l’effet de l’étendue du curage ganglionnaire.

 

L’étude NIVOPOSTOP

Cet essai de phase III avait randomisé 680 patients opérés d’un cancer ORL localement avancé à haut risque de récidive pour recevoir une radio-chimiothérapie adjuvante seule ou associée à du nivolumab avec une dose avant l’irradiation, trois doses toutes les 3 semaines pendant l’irradiation puis six doses mensuelles. Cet essai est positif avec un bénéfice absolu à 3 ans en survie sans événement (SSE) de 11 %, un HR de 0,76. Parmi les patients inclus qui avait eu un curage de qualité correcte (plus de 18 ganglions), 36 % ont eu un curage unilatéral et 64 %, un curage bilatéral. L’effet du nivolumab a donc été testé dans ces deux groupes.

 

Les résultats

Tout d’abord, il faut souligner que la survie sans maladie (SSM) est moins bonne en cas de curage bilatéral (HR = 1,56), mais, après ajustement, ce n’est pas un facteur de risque indépendant : le curage bilatéral traduit simplement une maladie plus avancée. Le bénéfice du nivolumab apparaît similaire dans les deux groupes :

• en cas de curage unilatéral, le HR est à 0,79 (IC 95 % : 0,50-1,26 ; p = 0,28),

• en cas de curage bilatéral, le HR ressort à 0,77 (IC 95 % : 0,57-1,03 ; p = 0,07) (Fig. 2).

Le bénéfice apparaît similaire également si le curage est important avec plus de 39 ganglions réséqués (uni ou bilatéral, 330 patients ; HR = 0,75), plus de 18 ganglions réséqués par côté (233 patients ; HR = 0,77).

En pratique

Ainsi, l’hypothèse d’irradiation ganglionnaire expliquant la négativité des essais d’immuno-radiothérapie n’est pas vérifiée. Il faut toutefois souligner que, dans cet essai, il y avait une injection de nivolumab 2 semaines avant la radiothérapie et que ce délai est probablement tout à fait suffisant pour permettre l’initiation d’une réponse immunitaire efficace. Les résultats présentés ici ne permettent pas d’affirmer avec certitude l’hypothèse de diminution d’efficacité en cas d’irradiation cervicale. Quoi qu’il en soit, ils permettent de ne pas modifier les stratégies chirurgicales et de ne surtout pas diminuer les indications de curage ganglionnaire cervical.

• Lapierre A et al. Impact of lymph node dissection extent on disease-free survival with postoperative nivolumab plus concurrent chemoradiotherapy in head and neck squamous cell carcinoma: A post-hoc analysis of the NIVOPOSTOP trial. J Clin Oncol 2026 ; 44 : 6001.

 

TOP 3 – Cancers du cavum : quid de la désescalade thérapeutique ?

Avant l’autorisation définitive des anti PD-1 dans les cancers du cavum, le traitement standard des stades localement avancés (III-Iva, sauf les T3-4 N0) est une chimiothérapie d’induction (platine gemcitabine ou platine taxanes 5FU), trois cycles suivis d’une radio-chimiothérapie. La potentialisation par cisplatine est souvent, en France, sous forme hebdomadaire à 40 mg/m², mais, en Asie, toutes les 3 semaines à 100 mg/m² pour trois cycles. Ce traitement est très toxique, mais donne d’excellents résultats. Diminuer les cycles de chimiothérapie pour ces tumeurs très chimiosensibles sans altérer l’efficacité est donc exploré ici.

 

L’étude

Au total, 654 patients avec un cancer du cavum localement avancé ont été randomisés pour recevoir :

• le traitement standard par trois cycles de chimiothérapie suivie d’une radiothérapie en IMRT potentialisée également par trois cycles de cisplatine à 100 mg/m²,

• le traitement expérimental avec simplement deux cycles de chimiothérapie d’induction et deux cycles de potentialisation pendant la radiothérapie. La chimiothérapie pouvait être du TPF, mais à doses diminuées (60 mg/m² pour le cisplatine et le docétaxel et 600 mg/m²/jour sur 5 jours pour le 5-FU) ou une association de cisplatine 60 mg/m², paclitaxel 150 mg/m² et de la capécitabine 2 000 mg/m²/jour de J1 à J14.

Il s’agit d’une étude de non-infériorité et le critère principal était la survie sans échec. La survie sans échec attendue à 3 ans était de 80 % et la marge de non-infériorité était établie à 8 %, nécessitant donc 618 patients évaluables.

 

Les résultats

L’objectif principal est atteint avec des courbes superposées (Fig. 3). La survie sans échec à 3 ans était de 83,8 % avec deux cycles et de 84,3 % avec trois (HR = 0,96 ; IC 95 % : 0,65-1,42 : non, il n’y a pas d’erreur !). Les taux de réponse, aussi bien après la fin de l’induction (96,6 % pour deux cycles et 94,8 % pour trois), 4 à 12 semaines après la fin de la radiothérapie (98,5 et 98,2 %) étaient similaires. On observe 15,6 % de progression dans le bras deux cycles et 15 % dans le bras trois cycles.

En termes de toxicités de grade > 3, il existe bien moins de neutropénies (24,8 % avec deux cycles et 34,3% avec trois) ou de vomissements (10,4 et 15,9 %).

En pratique

Les auteurs concluent donc que le nouveau standard devrait être deux cycles de chimiothérapie d’induction et uniquement deux cycles de cisplatine forte dose en potentialisation. Mais la chimiothérapie d’induction n’était pas le standard habituel. La discussion ensuite a rappelé des points élémentaires, à savoir qu’une non-infériorité du fait des marges en général très larges ne doit pas être considérée comme une équivalence. Quand on sait que le bénéfice de la chimiothérapie d’induction en SSP à 5 ans est de 3,4 %, selon les calculs du discutant, validés par un statisticien, les résultats présentés ici montrent une survie sans échec à 3 ans avec un intervalle de confiance compris entre -5,1 et +6,1 %, donc bien au-delà du bénéfice apporté par la chimiothérapie d’induction dans une étude bien menée. Le choix de cet abstract est surtout pour souligner le danger des études de non-infériorité qui, en général, conduisent à des traitements potentiellement moins efficaces.

• Liang H et al. Two-cycle versus three-cycle induction chemotherapy followed by concurrent chemoradiotherapy in locoregionally advanced nasopharyngeal carcinoma: A phase III randomized noninferiority trial. J Clin Oncol 2026 ; 44 : 6003.

 

TOP 4 – Récidivant/métastatique, quelle efficacité du nivolumab à faible dose en première ligne phase platine ?

Les Indiens étaient à l’honneur cette année : sur les neuf présentations de la session orale, trois étaient indiennes. L’équipe du Tata Memorial avait testé le nivolumab à faible dose (20 mg toutes les 3 semaines) en situation avancée après échec de platine puisque la population, pauvre, n’a souvent pas accès au nivolumab, trop onéreux, et l’efficacité semblait similaire à celle du nivolumab à dose standard. En effet, de faibles doses de nivolumab, de l’ordre de 0,1 mg/kg, suffisent à saturer très largement les récepteurs PD-1. L’enjeu était de tester cette approche face à une chimiothérapie associant carboplatine et paclitaxel en première ligne.

 

L’étude

Cet essai de phase III a donc randomisé 422 patients pour recevoir du carboplatine AUC 6 et du paclitaxel à 175 mg/m² toutes les 3 semaines, ou une chimiothérapie orale métronomique avec du méthotrexate à 9 mg/m² chaque semaine, erlotinib 150 mg/jour, célécoxib 200 mg x 2/jour et du nivolumab à 20 mg toutes les 3 semaines.

Le critère principal était la SG. À noter qu’il s’agissait d’une étude de non-infériorité.

 

Les résultats

Après une durée de 4 ans, la SG (Fig. 4) est augmentée, passant de 6,21 mois avec la chimiothérapie à 10,32 mois avec le nivolumab (HR = 0,57 ; IC 95 % : 0,44-0,73 ; p < 0,0001). La survie à 1 an passe de 23,24 à 46,37 %. Le taux de réponse est également augmenté de 24,1 à 53,4 %, avec une durée de réponse également largement améliorée passant de 3,6 à 11 mois. La SSP passe de 2,7 à 5,5 mois.

En termes de tolérance, les toxicités de grade ≥ 3 sont diminuées avec le nivolumab à 37,1 contre 47,5 %.

En pratique

Dans cette population à faible niveau économique, empêchant l’utilisation de molécules onéreuses telles que le nivolumab à dose standard ou les anti-EGFR, le nivolumab à faible dose confirme en première ligne son bénéfice. Sachant que, très probablement, le célécoxib, l’erlotinib et le méthotrexate à aussi faibles doses sont assez peu efficaces, le bénéfice en revient au nivolumab. Sur la base de ces résultats, il est probable qu’il pourrait être proposé aux patients une association de nivolumab à 20 mg toutes les 3 semaines avec une chimiothérapie par carboplatine et paclitaxel. Il faut toutefois souligner que, même si les courbes se séparent largement, la seule conclusion qui peut être tirée est que le nivolumab à faible dose est non inférieur à la chimiothérapie. La démonstration de l’efficacité du nivolumab à dose faible pourrait nous apporter en France des solutions dans les situations où il n’est pas remboursé ou chez les patients qui ont présenté des toxicités importantes à l’immunothérapie sachant que, même si la faible dose de nivolumab entraîne des toxicités possiblement plus faibles et plus tardives, elles sont loin d’être négligeables et ces derniers types de patients doivent être largement surveillés.

• Shah MJ et al. Ultra-low-dose immunotherapy plus oral metronomic chemotherapy versus paclitaxel-carboplatin in platinum-sensitive recurrent or metastatic head and neck squamous cell carcinoma: A randomized phase III trial. J Clin Oncol 2026 ; 44 : LBA6007.

 

TOP 5 – Bénéfice de l’amivantamab après échec du platine et de l’immunothérapie

Après échec d’un traitement à base de platine et de pembrolizumab pour les cancers ORL récidivants ou métastatiques, le pronostic est défavorable et les options limitées. Le standard actuel est le cétuximab ou bien le paclitaxel hebdomadaire, éventuellement en association. La SG avec le cétuximab est d’environ 9 mois et le taux de réponse de 20 à 24 %. La voie MET est une voie d’échappement aux anti-EGFR. L’amivantamab est un anticorps bispécifique anti-EGFR et anti-MET avec un triple mécanisme d’action : inhibition de l’EGFR et de MET et également une fonction Fc activatrice des cellules immunitaires. L’essai OrigAMI-4 teste l’amivantamab dans diverses cohortes ORL et les résultats présentés ici sont ceux de la monothérapie dans les tumeurs HPV- (l’efficacité des anti-EGFR est très limitée dans les tumeurs liées à l’HPV) après échec de platine et d’immunothérapie. Il s’agit en fait d’une mise à jour de ceux déjà présentés à l’ESMO 2025.

 

L’étude OrigAMI-4

L’amivantamab a été administré toutes les 3 semaines par voie sous-cutanée à la dose de 2 400 mg ou bien de 3 360 mg pour les patients de plus de 80 kg. L’objectif principal était le taux de réponse, nécessitant 80 patients évaluables pour rejeter l’hypothèse nulle à 10 % avec un taux cible de 30 %. On rappelle qu’à l’ESMO, le taux de réponse était de 45 % pour 38 patients évaluables.

 

Les résultats

Sur les 102 patients inclus, le taux de réponse était de 42 % (IC 95 % : 32-52). Comme on le voit sur la figure 5, les réponses pouvaient être très profondes et durables. La SSP était de 6,8 mois (IC 95 % : 5,2-8,3) et la SG de 12,5 mois (IC 95 % : 10,2-16,8).

En termes d’effets secondaires, les toxicités cutanées de grade ≥ 3 étaient assez limitées avec 13 % des patients.

En pratique

Ces résultats comparés au cétuximab sont donc bien sûr très prometteurs et justifient une phase III. On est surpris d’apprendre que celle-ci ne sera pas chez les patients en échec de platine et d’immunothérapie, mais en première ligne en combinaison avec le carboplatine et le pembrolizumab. Il faut rappeler que ces résultats sont finalement très similaires des phases II dans cette situation du pétosemtamab (40 % de réponses) ou de l’association cétuximab ficlatuzumab, avec 38 % de taux de réponse. La compétition en première ligne des anti-EGFR bien spécifiques s’annonce donc intense, l’amivantamab est parti avec retard, l’avenir dira s’il pourra le combler. En revanche, il semble que sur la base de cette étude, il va avoir une autorisation en L2 ou +, ce qui est une concurrence plutôt déloyale vis-à-vis du pétosemtamab, actuellement en phase III dans cette indication.

• Burtness B et al. Amivantamab in HPV-unrelated recurrent/metastatic head and neck squamous cell cancer after disease progression on immune checkpoint inhibitor and chemotherapy: Pivotal results from the phase 1b/2 OrigAMI-4 study. J Clin Oncol 2026 ; 44 : 6008.

L’auteur déclare avoir des liens d’intérêt avec BMS, MSD, AstraZeneca, Merck Serrono, Roche, Takeda, Meru, Pyxis oncology, Leo Pharma.