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L’essentiel en un clin d’œil

L’ASCO 2026 restera probablement comme une édition majeure en oncologie digestive. Si les dernières années avaient été largement dominées par l’immunothérapie, cette édition marque davantage l’arrivée à maturité de plusieurs stratégies guidées par la biologie moléculaire et le retour des thérapies ciblées.

• Dans le cancer du pancréas métastatique, l’étude RASolute 302 constitue la présentation la plus marquante du congrès, avec les résultats impressionnants d’un inhibiteur pan-RAS en phase III et un bénéfice de survie inédit dans cette maladie.

• Dans les cancers colorectaux métastatiques BRAF V600E mutés, l’étude BREAKWATER confirme le rôle de l’association encorafénib-
cétuximab combiné à la chimiothérapie dès la première ligne, cette fois-ci avec le FOLFIRI.

• L’étude CIRCULATE apporte un premier élément d’efficacité de la chimiothérapie dans une étude randomisée de stratégie adjuvante guidée par l’ADN tumoral circulant pour améliorer le pronostic des cancers du côlon de stade II.

• Dans les carcinomes hépatocellulaires intermédiaires, l’étude EMERALD-3 confirme l’intérêt de l’association d’une immunothérapie à la chimio-embolisation.

• Enfin, une étude négative concernant l’aspirine adjuvante dans les cancers colorectaux contribue également à préciser nos stratégies thérapeutiques.

 

TOP 1 – RASolute 302 : le daraxonrasib devient un nouveau standard dans le cancer du pancréas métastatique

Malgré les modestes progrès apportés par le FOLFIRINOX ou la gemcitabine-nab-paclitaxel en 1re ligne, les options de traitements de deuxième ligne restent limitées, avec des survies globales (SG) médianes de l’ordre de 6 mois. Par ailleurs, en dehors de l’olaparib dans les rares formes BRCA muté, aucune thérapie ciblée ni immunothérapie n’a jamais montré d’efficacité dans ce type de cancer. La voie RAS constitue depuis longtemps une cible thérapeutique particulièrement attractive. Plus de 90 % des adénocarcinomes pancréatiques présentent une altération de KRAS, mais le développement de thérapies ciblant RAS s’est longtemps heurté à des difficultés biologiques majeures, faisant qualifié RAS de undruggable target depuis plusieurs dizaines d’années. Cependant, après l’arrivée des premières molécules ciblant la mutation KRAS G12C, plusieurs autres molécules ont été développées ces dernières années ciblant soit une mutation spécifique, soit une forme spécifique de RAS. C’est le cas du daxaronrasib, 1er pan-RAS inhibiteur, capable d’inhiber la forme active de RAS qu’il soit muté ou non. Néanmoins, ce mécanisme d’action devrait permettre une efficacité plus marquée sur les formes avec mutation activatrice de RAS en particulier G12, puisque ce sont ces formes qui restent le plus sous la forme activée et donc sensibles à ce ciblage.

 

L’étude RASolute 302

RASolute 302 est un essai international de phase III ayant inclus 500 patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique en 2e ligne de traitement. Ils étaient randomisés entre daraxonrasib, inhibiteur oral multi-sélectif de RAS actif, et une chimiothérapie standard choisie par l’investigateur. Les deux critères principaux étaient la SG et la survie sans progression (SSP) dans la population porteuse d’une mutation RAS G12.

Les résultats

Parmi les patients inclus, 79 % avaient une mutation RAS G12D, 13 % une autre mutation RAS G12, et 8 % soit une mutation RAS G13 ou Q61, soit absence de mutation RAS.

L’étude est très largement positive sur ces deux critères principaux : dans la population RAS G12 mutée, la SG médiane passe de 6,6 mois sous chimiothérapie à 13,2 mois sous daraxonrasib, soit un gain absolu supérieur à 6 mois (HR = 0,40), entraînant un triplement du taux de survie à 12 mois (53 vs 18 %) (Fig. 1). La SSP est également significativement améliorée avec une médiane de 7,3 contre 3,5 mois (HR = 0,45). Le taux de réponse objective (TRO) atteint 33 %, contre seulement 12 % sous chimiothérapie. Enfin, le bénéfice est également observé dans l’ensemble de la population étudiée, indépendamment du statut mutationnel RAS identifié, avec une SG médiane de 13,2 vs 6,7 mois (HR = 0,40), et des résultats de SSP et RO équivalents.

La tolérance

Le profil de tolérance apparaît favorable comparé à la chimiothérapie. Les toxicités de grade ≥ 3 sont observées chez 44 % des patients traités par daraxonrasib contre 58 % sous chimiothérapie. Cependant, le profil de toxicité est très différent, les principaux effets indésirables sont les rashs cutanés (grade 3 : 14 %) et les stomatites (grade 3 : 12 %), devant faire mettre en œuvre des mesures spécifiques. Le taux d’arrêt de traitement pour toxicité est particulièrement faible (1,2 %).

En pratique

Ces résultats constituent la présentation la plus importante de l’ASCO 2026 en oncologie digestive, souligné par une standing ovation et des cris de joie en pleine session présidentielle. Pour la première fois, une thérapie ciblée dirigée contre la voie RAS démontre un bénéfice majeur de survie dans le cancer du pancréas métastatique. L’ampleur du bénéfice observé dépasse largement celui rapporté avec les traitements de 2e ligne disponibles. Plusieurs questions restent néanmoins ouvertes. L’efficacité du daraxonrasib chez les patients ayant une mutation non G12 ou l’absence de mutation RAS reste à déterminer, le nombre de patients concernés dans cette étude étant trop faible pour conclure et non inclus de plus pour l’objectif principal. L’étude des mécanismes de résistance secondaires à progression pourrait laisser également entrevoir une voie pour de futures combinaisons thérapeutiques ou stratégies séquentielles. 

Le daraxonrasib devrait rapidement devenir le nouveau standard thérapeutique après progression sous traitement de 1re ligne, en espérant un accès rapide en France pour nos patients. Enfin, le daraxonrasib ainsi que plusieurs autres molécules ciblant RAS sont actuellement testés en phase III dès la 1re ligne, en combinaison à la chimiothérapie, en monothérapie ou en association entre elles.

• Wolpin BM et al. Daraxonrasib, a RAS(ON) multi-selective inhibitor vs chemotherapy in previously treated metastatic pancreatic adenocarcinoma (mPDAC): Primary and final analysis from the phase 3 RASolute 302 study. J Clin Oncol 2026 ; 44 : LBA5.

 

TOP 2 – BREAKWATER : les thérapies ciblées s’installent en première ligne des cancers colorectaux BRAF V600E

La mutation BRAF V600E concerne environ 8 à 10 % des cancers colorectaux métastatiques et constitue un facteur pronostique particulièrement défavorable. L’étude BEACON avait démontré il y a plusieurs années le bénéfice de l’association encorafénib-cétuximab après échec d’une 1re ligne. Restait à déterminer si cette stratégie pouvait être déplacée plus précocement dans l’histoire thérapeutique de la maladie. L’étude BREAKWATER, présentée il y a 18 mois, montrait le bénéfice de cette association dès la 1re ligne en combinaison avec le mFOLFOX6 comparé à une chimiothérapie ± bévacizumab, avec une SG médiane de 30,3 vs 19,5 mois (HR = 0,49 [IC 95 % : 0,375-0,632] ; p < 0,0001). Les résultats rapportés cette fois-ci concernent l’association encorafénib-cétuximab + FOLFIRI.

 

L’étude BREAKWATER : cohorte 3

La cohorte 3 de BREAKWATER évaluait l’association encorafénib-cétuximab-FOLFIRI comparée à FOLFIRI avec ou sans bévacizumab, chez des patients avec un adénocarcinome colorectal métastatique, avec mutation BRAF V600E, en 1re ligne de traitement. Il s’agit d’une cohorte complémentaire à l’étude BREAKWATER, constituant une phase II randomisée au sein de l’essai de phase III initial. La cohorte 3 a inclus 147 patients, randomisés entre FOLFIRI + encorafénib-cétuximab ou FOLFIRI ± bévacizumab. 

 

Les résultats

L’étude montre la supériorité du FOLFIRI-encorafénib-cétuximab. La SSP médiane atteint 15,2 mois contre 8,3 mois dans le bras contrôle (HR = 0,44) (Fig. 2). La SG est également améliorée avec un HR de 0,56 et une survie médiane non encore atteinte au moment de l’analyse (vs 20,3 mois dans le groupe contrôle). Le taux de SG à 18 mois atteint 73 contre 54 %. Ces résultats s’ajoutent aux données précédemment rapportées en janvier à l’ASCO GI montrant un taux de réponse de plus de 64,4 % dans le bras expérimental vs 39,2 %.

Aucun nouveau signal de toxicité n’a été observé. Les événements indésirables sévères restent comparables à ceux attendus avec chacune des molécules utilisées.

En pratique

L’étude BREAKWATER confirme définitivement que les thérapies ciblées anti-BRAF doivent désormais être intégrées dès la 1re ligne thérapeutique. La cohorte 3 permet d’envisager désormais leur utilisation avec un schéma de type FOLFIRI. Ces résultats, bien que non issus d’une étude de phase III au contraire du bras FOLFOX + encorafénib-cétuximab, viennent néanmoins reproduire les résultats obtenus avec la précédente combinaison, et ont donc un intérêt pratique majeur : celui de permettre une alternative thérapeutique lorsque l’oxaliplatine ne peut pas être utilisée en 1re ligne de traitement, notamment en cas de neuropathie résiduelle ou de récidive précoce après FOLFOX adjuvant.

La question n’est plus de savoir si les inhibiteurs de BRAF doivent être utilisés, mais plutôt quelle est la meilleure combinaison thérapeutique pour chaque patient, même si l’intégration de ces schémas dès la 1re ligne est encore en attente d’AMM en France et de plus, à ce jour, l’avis positif du CHMP, dernière étape avant l’AMM, ne prend en compte l’association qu’avec le FOLFOX.

• Kopetz S et al. BREAKWATER: Progression-free and overall survival analyses of first-line (1L) encorafenib + cetuximab (EC) + FOLFIRI in BRAF V600E-mutant metastatic colorectal cancer (mCRC). J Clin Oncol 2026 ; 44 : LBA3503.

 

TOP 3 – CIRCULATE : première démonstration randomisée de l’intérêt clinique de l’ADN tumoral circulant dans le cancer du côlon de stade II

L’ADN tumoral circulant (ADNct) s’est imposé ces dernières années comme l’un des biomarqueurs les plus prometteurs en oncologie digestive et particulièrement dans les cancers colorectaux opérés. Plusieurs études ont démontré sa valeur pronostique après chirurgie, avec un risque de récidive considérablement augmenté chez les patients présentant une maladie moléculaire résiduelle. L’étude DYNAMIC avait montré qu’une stratégie de chimiothérapie adjuvante fondée sur l’ADNct plutôt que sur les facteurs standard permettait une désescalade thérapeutique réduisant fortement le recours à la chimiothérapie (15 contre 28 %) et à l’oxaliplatine sans préjudice sur le risque de récidive. Cependant, aucune étude randomisée n’a jusqu’à présent démontré que l’utilisation d’ADNct pour guider les décisions thérapeutiques pouvait réellement améliorer le pronostic des patients, puisque l’efficacité de la chimiothérapie adjuvante chez les patients ADNct+ reste non démontrée et débattue.

 

L’étude CIRCULATE

Cet essai allemand est l’une des études CIRCULATE menées parallèlement au niveau international, dont en France, avec un objectif d’analyse poolée de ces différentes études à terme. Elle a inclus des patients atteints d’un cancer du côlon de stade II MSS/pMMR sans facteur de risque clinique majeur et donc sans indication théorique de chimiothérapie adjuvante. Tous les patients bénéficiaient d’une analyse de l’ADNct post-opératoire.

Les patients ADNct+ étaient randomisés entre chimiothérapie adjuvante et simple surveillance. Les patients ADNct- étaient surveillés. L’objectif principal était la survie sans maladie (SSM).

 

Les résultats

L’étude a inclus 1 722 patients. Comme attendu, l’ADNct s’est révélé un puissant facteur pronostique. La SSM à 3 ans était de 87 % chez les patients ADNct- contre seulement 52 % chez les patients ADNct+.

Seulement 3 % des patients inclus, soit 55 patients, avaient un ADNct+, dont 36 analysés, randomisés entre chimiothérapie (21 patients) et surveillance (15 patients). Chez ces patients, la chimiothérapie adjuvante permettait une réduction importante du risque de récidive, mais non significative d’un point de vue statistique : taux de SSR à 3 ans passant de 61 à 38 % (HR = 0,55 [0,21-1,48] ; p = 0,12). Dans l’analyse per-protocole, le taux de récidive à 3 ans passait de 62 % sans chimiothérapie à 19 % après chimiothérapie adjuvante (HR = 0,21 ; [0,06-0,87] ; p = 0,009) (Fig. 3).

En pratique

L’étude CIRCULATE est, d’un point de vue formel, négative, puisque l’analyse en ITT ne franchissait pas le seuil de significativité, en raison du très faible nombre de patients ADNct+ inclus. Cependant, la réduction du risque de récidive à 3 ans, qui est divisé par 3 dans cette faible population, est néanmoins très en faveur de la chimiothérapie dans cette population ADNct+.

L’un des enseignements de l’étude est paradoxalement la faible fréquence des patients ADNct+. Alors que les investigateurs anticipaient un taux proche de 10 %, seulement 3 % des patients randomisés étaient positifs, reflétant probablement la sélection d’une population à très faible risque. Par ailleurs, le test utilisé reposait sur une technologie développée il y a près de 10 ans, moins sensible que les approches actuellement disponibles.

Malgré ces limites, CIRCULATE constitue une étape importante. Pour la première fois, une étude randomisée suggère qu’un biomarqueur moléculaire de maladie résiduelle peut identifier les patients susceptibles de tirer bénéfice d’une chimiothérapie adjuvante. Cette étude conforte l’intégration progressive de l’ADNct dans les décisions thérapeutiques des cancers colorectaux localisés, et encourage la poursuite des études CIRCULATE, en particulier en France, qui permettront de réaliser une analyse poolée avec une forte puissance statistique.

• Folprecht G et al. Disease-free survival (DFS) and time to recurrence (TTR) with circulating tumor (ct) DNA–based decision for adjuvant treatment in colon cancer stage II (CIRCULATE): An AIO (KRK-0217)/ABCSG trial. J Clin Oncol 2026 ; 44 : LBA3500.

 

TOP 4 – EMERALD-3 : l’immunothérapie s’invite dans les carcinomes hépatocellulaires traités par chimio-embolisation

La chimio-embolisation artérielle (TACE) demeure le traitement de référence des carcinomes hépatocellulaires intermédiaires non résécables. Cependant, les réponses obtenues restent souvent incomplètes et la majorité des patients finit par progresser.

La démonstration récente du bénéfice du schéma STRIDE (trémélimumab + durvalumab) dans les formes avancées a ouvert la voie à des stratégies associant immunothérapie et traitements locorégionaux. En effet, la TACE modifie le microenvironnement tumoral et pourrait potentialiser l’immunothérapie (effet abscopal). Plusieurs essais préalables associant TACE et immunothérapie (LEAP-012, EMERALD-1) ont montré un gain en réponse et en SSP, mais un bénéfice de SG modéré ou absent.

 

L’étude EMERALD-3

EMERALD-3 a randomisé plus de 750 patients avec un CHC intermédiaire BCLC B ou C (VP1-2), éligibles à la TACE et non éligibles à la chirurgie, entre trois bras :

• A : STRIDE + lenvatinib + TACE ;

• B : STRIDE + TACE ;

• C : TACE seule.

Le critère principal était la SSP bras A vs C (relecture centralisée BIRC, RECIST 1.1).

 

Les résultats

L’association STRIDE + lenvatinib + TACE (bras A) atteint son objectif principal. La SSP est significativement améliorée par rapport à la TACE seule (HR = 0,70 ; p = 0,0007). La médiane de SSP passe de 9,8 à 13 mois (Tab. 1).

Concernant la SG, les résultats restent encore immatures : une tendance favorable est observée pour STRIDE + lenvatinib + TACE (HR = 0,84), mais sans atteindre la significativité statistique à ce stade.

En revanche, le bras B : STRIDE + TACE montre à la fois un bénéfice significatif en SSP, et un bénéfice déjà significatif en SG (HR = 0,70).

Le TRO confirmé (BIRC) est de 38,9 % (A) et 40,8 % (B) vs 27,0 % (C), montrant une supériorité significative du doublet STRIDE + TACE uniquement vs TACE (OR = 1,89 ; 1,20-3,01).

La tolérance

Concernant la tolérance, les combinaisons s’accompagnent logiquement d’une augmentation des toxicités. Les effets indésirables de grades 3-4 concernent 63 % des patients dans le bras STRIDE + L + TACE contre 19 % sous TACE seule. Le profil de sécurité reste néanmoins cohérent avec les toxicités attendues de chacune des molécules. L’ajout du lenvatinib en particulier entraîne plus d’effets à type d’hypertension, d’hypothyroïdie et de diarrhée.

En pratique

EMERALD-3 atteint son objectif principal : l’association STRIDE + lenvatinib + CEL améliore significativement la SSP par rapport à la CEL seule. Le bénéfice en SG n’atteint pas la significativité statistique dans cette analyse intermédiaire. C’est en réalité le doublet STRIDE + CEL, sans lenvatinib, qui offre le signal le plus convaincant à ce stade, puisqu’il améliore significativement à la fois la SSP et la SG, avec un profil de tolérance plus favorable. Dans ce contexte, la valeur ajoutée du lenvatinib semble remise en question. Au total, l’association STRIDE + CEL pourrait s’imposer comme un nouveau standard de prise en charge du CHC “intermédiaire” éligible à la CEL, sous réserve de la maturité des données de SG. Il faudra donc surveiller les analyses ultérieures avant de le retenir comme standard thérapeutique.

• Abou-Alfa GK et al. Efficacy and safety results from EMERALD-3: A phase 3, randomized study of tremelimumab plus durvalumab with or without lenvatinib combined with transarterial chemoembolization (TACE) in participants (pts) with unresectable embolization-eligible hepatocellular carcinoma (eeHCC). J Clin Oncol 2026 ; 44 : LBA4000.

 

TOP 5 – EPISODE-III : l’aspirine adjuvante

Des études observationnelles ont suggéré que la prise d’aspirine après résection d’un cancer colorectal pourrait améliorer le pronostic, mais les données issues d’essais randomisés en situation adjuvante demeuraient limitées. Chez des patients non sélectionnés, l’essai de phase III ASCOLT n’avait pas démontré de bénéfice, (SSR : HR = 0,91 ; IC 95 % : 0,73-1,13). À l’inverse, les études fondées sur une sélection par biomarqueur ont suggéré un bénéfice dans les tumeurs présentant une altération de la voie PI3K, à l’image d’ALASCCA (délai avant récidive : HR = 0,49 ; 0,24-0,98) et de SAKK 41/13 (HR = 0,57). EPISODE-III a évalué l’effet de l’aspirine à faible dose sur le devenir de patients non sélectionnés atteints d’un cancer colorectal de stade III recevant une chimiothérapie adjuvante standard.

L’étude EPISODE-III

Cette étude japonaise de phase III a inclus 882 patients atteints d’un cancer colorectal de stade III opérés et traités par chimiothérapie adjuvante standard. Étaient inclus des patients sans prise régulière d’antiagrégant plaquettaire ou d’AINS, et sans antécédent d’ulcère gastro-duodénal, d’asthme, de MICI ou d’hémorragie récente. Les patients recevaient ensuite soit de l’aspirine faible dose (100 mg/j), soit un placebo pendant 3 ans. Le critère principal était la SSM.

 

Les résultats

L’étude est négative sur son critère de jugement principal : la SSM à 3 ans atteignait 78,8 % avec aspirine contre 75,4 %, soit un HR de 0,84 (IC 95 % : 0,65-1,09 ; p = 0,099) (Fig. 4). L’analyse en sous-groupes ne mettait pas en évidence d’hétérogénéité marquée, avec néanmoins un signal numériquement favorable pour les tumeurs gauches (HR = 0,73) et, à l’inverse, défavorable pour les tumeurs droites (HR = 1,19). Enfin, la SG était superposable entre les deux bras (survie à 3 ans de 95,2 % sous aspirine contre 96,6 % sous placebo ; HR = 1,02 ; 0,65-1,60).

Les effets indésirables sévères attribuables à l’aspirine sont rares. Quelques cas de saignement digestif bas ont été observés, mais restent peu fréquents.

En pratique

En l’absence de sélection sur le statut PI3K, l’administration d’aspirine à faible dose (100 mg par jour) n’a pas amélioré significativement la SSM des patients. En pratique, ces résultats renforcent l’idée que la sélection des patients porteurs d’une altération de la voie PI3K paraît indispensable pour espérer un bénéfice de l’aspirine en situation adjuvante. La dose retenue ici (100 mg) était par ailleurs inférieure à celle utilisée dans ALASCCA (160 mg), question qui reste ouverte. Les résultats de l’essai PRODIGE 50/ASPIK, qui évalue cette même dose d’aspirine chez des patients spécifiquement mutés PI3K, seront communiqués à l’ESMO 2026, et devraient préciser le positionnement de cette stratégie.

• Takashima A et al. Adjuvant aspirin for stage III colorectal cancer after curative resection: Primary analysis of the randomized double-blind placebo-controlled phase III trial (EPISODE-III: JCOG1503C). J Clin Oncol 2026 ; 44 : LBA3508.

L’auteur déclare avoir des liens d’intérêt avec Amgen, Pierre Fabre, Servier, AstraZeneca, Merck, MSD, BMS, Takeda, Incyte.