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Immunothérapie intratumorale – Mobiliser l’immunité contre le cancer en évitant les toxicités contre l’organisme

Publiée dans la revue Nature, l’étude NIVIPIT, promue par Gustave Roussy et menée par des chercheurs et chercheuses de l’Inserm et de l’université Paris-Saclay, montre le bénéfice, autant sur le plan de l’efficacité que de la sûreté, de l’administration intratumorale d’un traitement d’immunothérapie habituellement utilisé en intraveineux. Cette approche réalisée par radiologie interventionnelle consiste à administrer directement dans la tumeur des patients le traitement. L’immunothérapie intratumorale permet d’utiliser des doses plus faibles, tout en stimulant fortement le système immunitaire là où le cancer est présent, permettant de réduire les effets indésirables pour les patients. En effet, l’administration intraveineuse de certaines immunothérapies s’accompagne d’effets indésirables sévères. Certains de ces effets peuvent être irréversibles, voire conduire au décès dans de rares cas.

L’étude NIVIPIT

L’essai randomisé multicentrique de phase Ib NIVIPIT a été mené par l’équipe de dermatologie de la Pr Caroline Robert à Gustave Roussy en collaboration avec les équipes du Pr Stéphane Dalle des Hospices Civils de Lyon, du Pr Céleste Lebbe de l’AP-HP (Paris) et du Pr Nicolas Meyer du CHU de Toulouse. Elle a été réalisée à Gustave Roussy au sein du CIC BIOTHERIS.

Au total, 61 patients atteints d’un mélanome métastatique n’ayant jamais reçu d’immunothérapie ont été inclus dans l’essai entre 2016 et 2019 et répartis entre deux groupes :

  • le premier a reçu le traitement standard dans cette indication, associant deux immunothérapies par voie intraveineuse, un anti-PD-1 (nivolumab) et un anti-CTLA-4 (ipilimumab),
  • tandis que l’autre groupe a bénéficié d’une approche combinant le nivolumab administré par voie intraveineuse à l’ipilimumab injecté directement dans la tumeur à forte concentration, mais à une dose totale 10 fois inférieure à la dose habituellement administrée en intraveineux.

L’objectif de NIVIPIT était d’évaluer la sécurité, la tolérance et l’efficacité de cette stratégie, en analysant la réponse tumorale et les effets indésirables au cours des 6 premiers mois, mais aussi la survie globale des patients.

Les résultats

Les résultats indiquent que l’objectif principal de l’étude a été atteint. Les effets secondaires graves auto-immuns (colites, rash cutanés, hépatites…) ont été beaucoup moins fréquents chez les patients ayant reçu l’injection directement dans la tumeur (22,6 %) que chez ceux traités par voie intraveineuse avec les deux molécules (57,1 %), soit une réduction de plus de moitié de la toxicité sévère. La sécurité observée avec l’approche intratumorale est comparable à celle de la monothérapie par anti-PD-1 seul.

Concernant l’efficacité, les résultats sont très encourageants : 65,7 % des tumeurs traitées par immunothérapie intratumorale ont régressé et 50 % des lésions “à distance” (non injectées) ont également régressé.

Découverte de marqueurs prédictifs

Au-delà des résultats cliniques, les chercheurs ont réussi à décoder le mécanisme d’action de la réponse immunitaire antitumorale. En analysant précisément l’environnement des tumeurs, ils ont découvert un phénomène contre-intuitif : pour que le traitement fonctionne, la tumeur doit présenter un équilibre immunitaire spécifique entre les lymphocytes et les macrophages et cellules T régulatrices. Ce trio immunitaire, détecté avant le début du traitement, permet de prédire quels patients bénéficieront d’une réponse durable. L’étude montre qu’une fois le traitement administré, les cellules considérées comme alliées du cancer disparaissent pour laisser place au sein des tumeurs à une augmentation importante de molécules tueuses de cancer (les granzymes).

MC d’après le communiqué de Gustave Roussy du 29 avril 2026.