BIOMEDE 1.0, promu et coordonné par Gustave Roussy, est le plus important essai clinique jamais mené dans les gliomes infiltrants du tronc cérébral (GITC), un cancer pédiatrique agressif dont la survie n’excède pas 1 an. Les résultats, publiés dans la revue Nature Medicine, dessinent une nouvelle carte biologique de la maladie, identifient des biomarqueurs de réponse des patients et documentent la survie prolongée de quatre enfants, ouvrant des pistes concrètes pour les thérapies de demain. Cette étude a été principalement menée par une équipe de chercheurs et de chercheuses de l’Inserm, de l’Université Évry Paris-Saclay, de l’Université Paris-Saclay et de Gustave Roussy.
Alors que la radiothérapie reste aujourd’hui le seul traitement ayant démontré un bénéfice transitoire, sans permettre la guérison, le développement de nouvelles thérapies demeure un enjeu majeur pour ces 40 à 50 enfants et jeunes adultes diagnostiqués chaque année en France. Les progrès de la médecine de précision ont changé la donne. D’abord en permettant d’identifier la mutation H3K27M, présente dans la grande majorité des GITC, fournissant un marqueur diagnostique propre à ces tumeurs. Ensuite, en mettant en évidence plusieurs mécanismes que la tumeur utilise pour croître et survivre, notamment en exploitant des récepteurs présents à leur surface (comme PDGFRA ou EGFR) pour recevoir des signaux de croissance. D’autres cellules s’appuient sur une voie de communication interne, la voie PI3K/AKT/mTOR, pour résister aux traitements comme la radiothérapie. Depuis, des médicaments capables de bloquer chacun de ces mécanismes ont été développés et évalués en essais cliniques, le plus souvent en association avec la radiothérapie : le dasatinib pour cibler PDGFRA, l’erlotinib pour bloquer EGFR, et l’évérolimus pour inhiber la voie PI3K/AKT/mTOR.
BIOMEDE 1.0
En s’appuyant sur ces nouvelles connaissances, Gustave Roussy a initié en 2014 l’étude de phase II BIOMEDE 1.0, premier essai clinique international randomisé dédié aux enfants, adolescents et jeunes adultes atteints de GITC. Il reposait sur une analyse génétique complète de la tumeur de chaque patient, réalisée sur une biopsie permettant notamment de confirmer le diagnostic (présence de la mutation H3K27M) puis de les orienter vers des traitements ciblés. Les patients étaient ensuite répartis entre les trois bras de l’étude en fonction du profil moléculaire de leur tumeur, pour recevoir soit l’erlotinib, l’évérolimus ou le dasatinib. Ces trois traitements étaient administrés en complément de la radiothérapie, puis poursuivis en l’absence de progression, avec pour objectif principal d’améliorer la survie.
En parallèle, les équipes de Gustave Roussy ont mené un vaste programme de recherche en analysant en détail, au niveau moléculaire, les tumeurs des patients de l’étude. Ces travaux ont permis de mieux comprendre la maladie et d’identifier de potentielles pistes pour adapter les traitements à chaque patient. L’essai, qui a randomisé 233 patients entre 2014 et 2019, a mobilisé des équipes en France, au Royaume-Uni, au Danemark, en Suède, en Australie, en Espagne et aux Pays-Bas. La France, coordinatrice de l’essai, a inclus dans l’étude 72 % des patients.
Les résultats
Les résultats ont permis d’identifier le principal facteur déterminant la durée de survie des patients : la mutation du gène TP53, de mauvais pronostic.
Concernant les trois différentes thérapies ciblées évaluées, aucune n’a permis d’améliorer significativement la survie globale (SG) des patients. Mais, sur le plan de la tolérance, l’évérolimus s’est distingué par un profil plus favorable, avec notamment moins d’effets indésirables et un taux d’arrêt de traitement lié à la toxicité inférieur. Ce résultat en fait le traitement de référence retenu pour la prochaine génération d’essais.
L’étude a permis de documenter quatre cas de patients dits “longs répondeurs”, diagnostiqués d’un GITC il y a plus de 6 ans et aujourd’hui toujours en vie. L’analyse approfondie de la tumeur de ces quatre survivants et d’une dizaine d’autres ayant survécu plus de 2 ans apporte un début d’explication. S’ils ne partagent aucun profil génétique commun, leurs tumeurs présentent en revanche un microenvironnement immunitaire différent de celui des autres patients, suggérant une réponse immunitaire locale plus active. Ces observations font de l’immunothérapie ciblant le microenvironnement tumoral une priorité pour le développement de la prochaine génération d’essais.
Deux nouveaux essais cliniques déjà ouverts
Forts de ces nouvelles connaissances biologiques, les équipes de Gustave Roussy ont d’ores et déjà initié BIOMEDE 2.0, essai clinique comparatif international dédié aux gliomes malins de la ligne médiane et du tronc cérébral, une famille de tumeurs cérébrales malignes qui inclut les GITC mais pas seulement, touchant d’autres structures profondes du cerveau et de la moelle épinière, chez l’enfant comme chez l’adulte. Ouvert dans dix pays européens, il recrute 368 patients sur 4 ans et compare l’évérolimus à l’ONC201, premier représentant d’une nouvelle classe d’anticancéreux.
En parallèle, Gustave Roussy pilote BIOMEDE IA, un programme de recherche qui s’appuie sur l’IA pour analyser les données biologiques, génomiques et d’imagerie accumulées au fil de l’essai, afin d’identifier des informations inaccessibles à l’analyse humaine.
Ces travaux ont bénéficié du soutien d’un programme hospitalier de recherche clinique de l’INCa et des associations Imagine For Margo, l’Etoile de Martin, les Amis d’Antoine, La Ligue contre le cancer du 74 et du 94, La marche de l’écureuil, l’association Lisa Forever, et de tous les donateurs de la campagne « Guérir le cancer de l’enfant au 21e siècle » de la Fondation Gustave Roussy. BIOMEDE 1.0, BIOMEDE 2.0 et BIOMEDE IA ont tous été rendus possibles grâce au soutien de l’association Imagine for Margo.
MC d’après le communiqué de Gustave Roussy du 24 avril 2026.
